À DOMICILE

OU LE PARTAGE D’ ESPACE(S) DE CO-HABITATION(S)

 

 

À DOMICILE est un espace de rencontre entre habitants et artistes venant en résidence pour un temps qui s’échelonne sur

plusieurs étapes. Guissény est le lieu de cette rencontre. Né du désir d’une inscription, d’un marquage de l’ar t contemporain dans la commune, À DOMICILE, por té par des habitants engagés, a la spécificité de ne pas avoir cherché une forme déjà très circonscrite de rapport à l’ar t. Sans référence au patrimoine historique reconnu, sans convocation de formes artistiques établies, il a fallu aux membres de cette équipée trouver des chemins de traverse pour approcher finalement une forme très sensible et éphémère. Si la danse appartient au patrimoine immatériel, les lieux de sa présence, au fil des années dans cette aventure, ont eux aussi, pour beaucoup, quelque chose d’impalpable et d’impermanent, à l’image des bords de mer, des plages, des granges, des chemins de promenade, des lieux désaffectés investis au fur et à mesure des désirs ar tistiques. De même, la danse y apparaît dans la marche ou la présence des corps, dans la construction de sculptures passagères, dans la baignade, dans des partitions de sommeil, dans le récolement de paroles, de gestes et de sons…

 

Autant de « mises en danse » éloignées d’une conception stéréotypée de cet art. Choisir le corps et notamment les pratiques dansées comme lieu de partage artistique ne semble pas a priori « aller de soi » lorsque nous connaissons la difficulté à convaincre et à rassembler un public en danse. Au-delà de cette première strate, choisir de travailler avec des directeurs artistiques comme Alain Michard ou Mickaël Phelippeau, suggère des choix de projets et d’ar tistes proches des pratiques

 

conceptuelles, des pratiques transversales entre les mediums, loin d’une pensée « monumentale » de la danse.

 


Ces propositions artistiques ne sont pas posées ou injectées dans ces espaces comme éléments rappor tés. Elles cohabitent avec les espaces qu’elles investissent. Les créations ar tistiques sont réalisées à partir des éléments concrets du territoire et des représentations mentales de ses habitants, générant des projets incluant ces derniers dans le processus à l’oeuvre. Ces espaces de co-habitation(s) deviennent des lieux de vie, d’échanges, de pratiques, de réflexions communes.

 

Si le sous-titre de À DOMICILE est « Autour de la danse contemporaine », c’est bien au sein même des enjeux relationnels que propose l’art chorégraphique dans la pratique corporelle, dans l’éveil conscient de son rappor t à soi-même et aux autres que se joue la dynamique de cette entreprise. La danse devient paysage, la danse devient mise en relation, la danse est alors un lien tangible mais impermanent dans notre rapport à la nature, à la culture, au patrimoine.

 

A cela s’ajoute une dimension éphémère, subtile, qui donne à voir des formes in situ, plurielles et sensibles, mettant en action le corps pour un déploiement de mouvements et de sons.

 


Porté par les habitants volontaires de Guissény, ce projet de cohabitation pose le temps de résidences artistiques au centre de la proposition. De ces résidences émanent des désirs et des projets conçus pour le lieu qui pourront, tout aussi bien, devenir des projets présents dans le répertoire de l’artiste. Les cohabitations ont, toutes, leurs manières de faire, leurs manières de naître et d’exister. La volonté commune réside dans le désir d’être en mouvement dans un processus à par tager et de nourrir l’« être ensemble » au sein de projets ar tistiques trop souvent vus comme « élitistes » ou « non accessibles ». À DOMICILE tente, sans arrêt, de faire surgir la nature sensible de ces projets et ouvre la porte à une refonte des pratiques dans une échelle humaine. 

 

Un espace de co-habitation qui mêle une forme d’art dite « savante » et la dimension populaire des « fêtes de village »…

 

Céline Roux

 

(extrait du catalogue À DOMICILE 2007-2010, pour les 4 premières éditions de À DOMICILE)